Savez-vous d’autre part que le département des Bouches du Rhône (13), haut lieu de la culture kéké s’il en est, fourmillant de champions du monde de sports mécaniques en tout genre (et ce n’est qu’à moitié une boutade tant il vrai que ce coin nous en a donné des vrais) ne dispose d’aucune infrastructure sur laquelle on puisse pratiquer la vitesse à moto en toute sécurité ? Il y a deux circuits dans la Var, le célèbre Paul Ricard et le Circuit du Luc, mais le Grand Sambuc près d’Aix en Provence est bordé de rochers donc impraticable en moto et l’autre circuit, Fontage près de Salon de Provence est une piste d’essai appartenant à Michelin. Tout cela pour dire que l’existence d’un circuit n’est pas une évidence et maintenir sa présence est de plus en plus compliqué. Le Circuit Carole a débuté son existence sous forme d’une lutte, c’est au fil d’une réaction à un état de fait tragique dont l’étincelle sera la mort de la jeune Carole, passagère d’un accident de trop lors des runs sauvages à Rungis que ce qui deviendra plus tard la FFMC  lèvera des troupes dont l’agitation, correctement médiatisée permettra à un circuit d’être mis en œuvre par les services publics. Ainsi débutera une véritable épopée, encore inachevée à ce jour, dont chaque acteur interviendra comme dans un drame antique avec ses heures de gloire, ses trahisons, ses faiblesses toutes humaines et la marque du destin.
 
 C’est Zef Enault qui fut à juste titre mandaté par la FFM, actuellement en charge de la gestion de ce qui est devenu une piste incontournable du paysage de la moto en France, pour regrouper les informations et rédiger cette somme qui démarre aux sources et explique fort bien la situation avant 1979 et n’oublie aucun détail jusqu’à aujourd’hui et les incertitudes qui subsistent quand à un déménagement éventuel. Ce qui frappe d’emblée c’est l’angle HUMAIN qu’a délibérément choisi Zef, du décès de Carole Le Fol en 1977 en passant par les portraits des différents protagonistes des manifestations qui suivront, puis les prises de pouvoir des uns, les abus des autres, les intervenants médiatiques, puis politiques, au gré des changements à la tête de l’état, jusqu’au règne du Président Jacques Bolle ancien pilote parmi les meilleurs français (et premier recordman du tour sur cette piste en 1980), actuellement à la tête de la FFM. C’est l’humain qui prédomine ce récit passionnant, et comment pourrait il en être autrement ? La moto après tout est un divertissement qui ne souffre aucune explication rationnelle, c’est la passion qui nous mène, un point c’est tout.
 
 Résidant en province, la cambrousse quoi, je n’ai jamais eu l’occasion d’aller rouler à Carole, pour moi c’est avant tout le circuit des parigots, pourtant je suis conscient de son importance pour ce qui est de la survie de cette activité motocycliste sur piste. Si Carole était en danger, je pense que je serais capable de monter au créneau alors que je n’y suis jamais allé. Je ne peux qu’espérer  très fort que les incertitudes actuelles, liées au fait qu’un emplacement qui fut un temps « loin de Paris » est aujourd’hui au cœur du « grand Paris » et que les promoteurs lorgnent sur cet espace, n’en seront pas fatales. N’oublions pas que Mme Hidalgo est farouchement anti moteur et que si les affreux JO sont appelés de ses vœux, la moto ne fait partie des sports dont on parle, écoutez donc un journal TV ou radio un lundi, lendemain d’une course MotoGP durant laquelle Zarco a brillé… vous saurez tout sur tout les autres sports… Lorsque la ré-affectation de l’emplacement actuel du circuit aura été acté et que les bulldozers seront déjà à l’œuvre, il y a fort à parier qu’il conviendra d’être vigilant car il se pourrait bien que le dossier de Carole2 soit bien plus lent à se mettre en route que celui qui clôturera l’existence du premier.
 Carole Le Fol
 Pour conclure ce qui aurait du être une simple chronique d’un livre passionnant, il ne fait pas de doute pour moi que nous vivons les dernières années des sports mécaniques, 5, 10 ans, maximum, les circuits sont menacés de toutes parts, les riverains qui ont acheté des terrains à proximité en connaissance de cause profitant de prix bas, sont maintenant ligués contre ces brutes sanguinaires hurlantes, arc-boutés qu’ils sont sur leur écologie de circonstance. Et tout le monde s’en fout, la capacité de mobilisation des années 70-80 est morte, plus personne n’y croit, on signe vite fait une pétition en ligne et on retourne envoyer des snap-chat ou des instatrucs. J’ai même essayé de joindre les responsables d’un circuit en butte à de très vindicatifs voisins dans l’Ain, ça ne les intéresse même pas qu’on s’intéresse à leur cas. Quelle tristesse. Jetez-vous sur ce livre superbe si vous n’aviez pas idée que derrière les infrastructures d’un circuit se cache toute une histoire humaine faite de larmes et de découragements mais aussi de joie et de célébrations de victoire. La moto c’est ça, la vie aussi.