Le 14 février 2012 j’envoie un email à une photographe que je ne connais pas, dont un cliché ma soufflé et sera une inspiration forte pour un projet sur lequel je suis à 100%. Cette photo représente un paddock, les moto qui piaffent derrière un rideau de fer qu’on ouvre, leur reflet sur le béton ciré du box, l’atmosphère d’urgence et d’essence sans plomb qui se dégage de ce cliché. Je ne connais pas la photographe, je cherche son nom partout, je le trouve, elle s’appelle Kristina Fender, elle est espagnole, vit à Madrid… Je la contacte.
Ce sera la photo d’ouverture du premier numéro de RAD Magazine, premier d’une série rocambolesque de 28 numéros dans lesquels je ferai en sorte que le plus possible de ses photos soient publiées. Il est important de préciser que Kristina me fit cadeau de ce cliché pour célébrer le fait qu’il inaugurerait le premier exemplaire de RAD.

La première image de KT Fender dans le premier numéro de RAD en mars 2012
La première image de KT Fender dans le premier numéro de RAD en mars 2012

Par la suite nous nous sommes souvent croisé, soit sur des circuits, avec Jaime son ami, elle était venue à Nogaro faire le singe pour un pilote de side-car de vitesse de type F2 si je me souviens bien, un truc de warrior, tout à fait dans son style. A Vérone elle a fait de nombreux shootings superbes pour le magazine, elle est allée sur le lac salé à Bonneville pour ramener également de superbes images. Et puis je voulais qu’elle ait sa page dans la rubrique qui figurait dans chaque numéro de RAD et qui mettait en avant une fille motarde. J’ai eu beaucoup de mal à obtenir ces photos d’elle, elle gardait jalousement le contrôle de son image pourtant tout à fait flatteuse, nous avons fait cette page finalement.

Quand j’ai fini par aller voir ce qu’était vraiment W&W, évidemment je suis tombé sur elle dans le stand de son grand ami David alias El Solitario. Elle avait fait partie des quelques happy-few à avoir participé à l’édition n°1 de cet événement et m’avait raconté quelques anecdotes off the record qui m’avaient conforté dans l’opinion subjective et les à-priori que je pouvais avoir. Lorsque nous nous sommes reconnu sur place en 2017 nous sommes tombé dans les bras l’un de l’autre et étrangement mon appareil photo s’est déclenché, quelques photos affreuses en témoignent, j’en poste une pour la mémoire, Kristina serait surement furax contre moi mais elle est la dernière image que j’ai d’elle, nous ne sommes pas revu depuis.

J’ai énormément de peine ce soir, elle me manque, j’entends son rire, ses photos sont là bien sur, son œil infaillible. Sa passion sans concession pour les animaux, les chiens en particulier, sa croisade pour sauver les galgos, ces lévriers espagnols laissé à l’abandon après les courses ou je ne sais quelle barbarie, elle les recueillait et leur donnait tellement d’amour… Kristina Fender, tu me manques beaucoup.