Cette moto avait été construite en un temps record, relevant le défi de présenter quelque chose de fort lors du show international de Verone, le Motor Bike Expo, ce jeune préparateur des environs de Lyon avait étonné tout le monde par sa vision si particulière. La transformation d’une brave 750 GSX Suzuki en une moto racée inspirée de motos de compétition de la fin des années 70, retour sur ce travail, avec les photos et l’interview d’Antoine Krash’Hop’Tik.

Rencontre et interview avec le constructeur de cette moto qui a été tellement remarquée sur le stand RAD à Vérone, afin d’en savoir un peu plus sur ce qui se passe dans l’atelier d’un jeune bike-builder français, et ce qui se trame en coulisse avant qu’une création comme celle-ci ne vous percute les pupilles.
Rad : Peux-tu nous dire de quoi est constituée cette moto, quels sont les éléments que tu as utilisés à la base ?
Kiki : En ce qui concerne le moteur, le berceau et le réservoir, c’est du Suzuki 750 GSX-E de 1983, pour ce qui concerne les roues, la fourche et les amortisseurs et le bras oscillant, ça provient d’un 1000 GEX K6
Rad : C’est le hasard qui t’as mis cette moto pas évidente entre les mains ?
Kiki : Non j’aime les GSX-R, je voulais une 750 suz car je les aime bien, il a suffit d’une bonne occase sur leboncoin.fr et je l’ai achetée. J’aime les GS, les GSX et les GSX-R chez Suzuki, mais surtout la cylindrée 750, c’est un mythe pour moi, c’est ma génération de moto !

Rad : Est-ce que tu as vu ce que tu pourrais en faire ou est-ce parce que tu avais un train roulant de GEX en trop de côté ?
Kiki : J’ai eu l’occase de trouver ce train de GEX, j’ai laissé parler mon inspiration et mes goûts personnels, j’ai trouvé ça intéressant de monter un train roulant bien plus moderne sur une des premières motos de la génération GS. Ma démarche de création est la suivante : j’épure l’ensemble de la moto pour laisser apparaître les éléments essentiels, moteur châssis, éléments maîtres de la moto, puis j’y intègre toutes les choses que je fais par moi-même, ce qui constitue ma partie création
Rad : C’est quoi pour toi une bonne base ?
Kiki : Une base saine c’est une bonne base, il n’y pas de mauvaise base, tout est bon à prendre.
Rad : Est-ce que tu penses qu’a priori rien n’est impossible ou est-ce qu’il y a des choses sur lesquelles tu ne bosserais pas ?
Kiki : Rien n’est impossible, les seules limites restent celles qu’impose le propriétaire : si il n’y a pas de feeling, on ne peut pas sérieusement démarrer un projet.

Rad : Quand tu l’as dépouillée tu avais déjà ton idée ou c’est venu au feeling au fur et a mesure que tu y montais les pièces que tu faisais ? Est-ce que tu fais des crobards en amont ?
Kiki : Jusqu’à maintenant je n’ai jamais fait de crobards, j’avais déjà dans l’idée de fabriquer une bécane avec quelque chose de l’esprit des motos GP des années 1975.
Rad : La partie arrière est particulièrement sexy, un mélange entre la culture custom et l’esprit racer, pense tu que ça peut être ta marque de fabrique ?
Kiki : Mais carrément, complètement, mais je ne veux pas me cantonner qu’à un certain style, j’aime tout, les choppers, les bobbers, les cafe-racers, les sportives, les scramblers, cela dit il est vrai que j’aime les motos à ras du sol. Comme dirait un proverbe :
« roule bas ou roule pas ».

Rad : Sur quoi as-tu le plus galéré ?
Kiki : Le cadre, le pignon de sortie de boîte, la coque arrière, fixer le carénage, monter l’instrumentation, la découpe du carénage, polissage, peinture… sur tout quoi.
Rad : Tu commence à avoir ta petite expérience, les choses compliquées te découragent ou est-ce que tu as toujours un truc pour t’en sortir ?
Kiki : J’ai toujours le truc pour m’en sortir, j’ai appris à me débrouiller lorsque je suis bloqué, je travaille à l’ancienne.

Rad : Tu as une formation « à l’ancienne », on est loin du bricolage approximatif, du coup, chaque projet représente une implication et une quantité d’heures de travail importants, penses-tu que les gens se rendent compte de ça ?
Kiki : Non, il ne se rendent pas compte du temps que tu peux passer dans un garage à façonner, fabriquer une moto de A à Z surtout lorsque l’on veux atteindre une finition extrêmement soignée.
Rad : Avec le bagage technique que tu as acquis auprès de ton père, comment fais-tu maintenant pour trouver l’inspiration et les idées pour tes projets 100% persos ?
Kiki : Je pioche des idées dans tout ce que je vois au quotidien, tout m’intéresse, j’y puise mon inspiration.
Rad : Sur un projet comme celui-ci, de quand à quand s’est réparti le travail ?
Kiki : À peu près de mi-novembre à mi-janvier sur deux mois, avec d’autres projets en parallèle et une vie de famille.

Rad : Parce que tu gardes d’autres projets en parallèle durant ce laps de temps ?
Kiki : Oui, il y a toujours des chantiers en cours qu’ils ne faut pas négliger, c’est vital.
Rad : Quels ont été les intervenants extérieurs qui furent déterminants pour que tu puisses tenir les délais ?
Kiki : Je dois adresser un grand merci à Cedric (polissage) et merci à Lou (sellerie custom shop), et merci à Antoine de Krash Hop Tik.
Rad : À chaque fois tu dois croiser les doigts pour que tout arrive dans les temps, c’est beaucoup de stress ?
Kiki : Oui, quand tu fais des motos avec des délais très serrés tu croises les doigts tout le temps, et malgré tout, il y a toujours des imprévus.

Rad : On en arrive à l’étape peinture, ça tu ne le dois encore une fois qu’à toi-même ?
Kiki : Exactement, je mets un gros point d’honneur là-dessus, je pense que tout custom builder qui se respecte doit de faire ses peintures lui-même.
Rad : Tu as apporté un soin tout particulier à ta gamme colorée, pourquoi ce choix de couleurs ?
Kiki : Parce que la moto était faite pour être présentée à Vérone et donc représenter la France. Elle fait référence à une certaine époque, durant laquelle beaucoup de bécanes étaient de ces couleurs et puis au final ce sont mes goût que j’ai appliqués.

Rad : L’échappement est sur mesure avec une base d’origine, on doit y entendre les soupapes taper au font du tube ?
Kiki : Eh non, un son pourtant feutré se dégage de cette tubulure ça permet un usage routier sans problème.
Rad : Est-ce que tu as pu profiter de la moto sur route ou tu la gardes nickel pour l’exposer ?
Kiki : Pour l’instant elle est présentée sur des salons et des shows, quand on aura un peu fait le tour de tout ça, je je la ferai rouler sur route.

Rad : Cette moto est à vendre maintenant ?
Kiki : Pas pour moment, mais je reste ouvert à toute proposition.
Rad : Tu peux déjà parler des prochains projets ou c’est encore secret ?
Kiki : Les prochains projets sont « top secret » mais il vas y avoir du lourd.
Rad : Tu as repris une vie normale à l’atelier ?
Kiki : Oui, pour sortir de tout ces flashes à Vérone je suis retourné dans mon atelier travailler l’acier.