Humberto Costantini, La longue nuit de Fransisco Sanctis

On commence avec Humberto Costantini et sa « longue nuit de Fransisco Sanctis » qui vient de paraître aux éditions L’atinoir (www.latinoir.fr). L’auteur est mort en 1987. Il s’agit ici, d’une toute récente traduction (donc posthume, pour ceux qui suivent) d’un auteur méconnu chez nous. On est assez loin du polar traditionnel si tant est qu’il existe. La thématique pourrait être lapidairement résumée comme suit : Peut-on être un héros et appartenir à la clase moyenne ? A vos stylos, vous avez 4 heures et je ramasse les copies. Le rythme de ce curieux bouquin est à la fois indolent ET trépident, c’est le charme du truc. On convoquerait bien les mânes de Borgès et de Kafka pour expliquer l’impression qu’il nous donne. C’est très écrit, psychologisant, drôle, fantasque et policé. On est dans un registre qui a probablement plus avoir avec la littérature « traditionnelle » que le roman de gare mais rassurez-vous, y a quand même quelque chose. L’intrigue est malmenée au risque de laisser en chemin les moins courageux d’entre vous et elle n’a, après tout que peu d’importance. Alors oui j’entends déjà les commentaires chafouins ! Un polar où il ne se passe (quasiment) rien est-il encore un polar ? C’est pas vraiment un polar nom de d’ là, soyez à ce que je dis ! C’est autre chose en fait. Une mise en abyme mais c’est pas Thomas Mann non plus, reposez votre tube de doliprane.
Alors c’est quoi ? Et bien nous démarrons avec l’immixtion fortuite et burlesque de l’Histoire, avec un grand H dans la vie d’un comptable (mais mélomane, nuance). Nous sommes au bon vieux temps de la dictature argentine (je ne déconne, que pour 67% du lectorat seulement, si j’en crois les sondages) Les choses ne sont pas simples sauf si vous êtes capitaine à l’école de mécanique de la Marine et que bien-sûr vous ne répugnez pas à torturer, de temps en temps, ce qui n’est pas le cas de notre bon Fransisco.
C’est l’occasion d’un débat intérieur assez chahuté, car il y a urgence, pour un Monsieur tout le monde, comme vous et… merde, comme moi aussi, dans un Buenos-Aires très européen, urbain et blafard. On est toujours en mouvement, mais dans la nasse, on avance pas. Les choix à faire s’imposent puis vous échappent, le temps file et il est pourtant immobile.
Le choix narratif de l’auteur n’est pas sans conséquence pour le lecteur que tu es à tes moments perdus. On peut (n’est-ce pas Caro ?) être dérouté, voire lassé et se perdre un peu dans les méandres et les tourments de notre bon Humberto. Un conseil ? Le lire d’une traite, un soir de fatigue et s’accrocher. Là çà le fait vraiment, j’vous jure.

Dennis Lehane, Moonlight mile

Moonlight-mile Avec Dennis Lehane on va à la ville, la vraie, Boston. « Moonlight mile » est le plus récent opus de ce Grand Ecrivain, paru chez Rivages en 2012. On y retrouve Kenzie (Patrick) et Gennaro (Angela) pour de nouveaux travaux. La Nouvelle Angleterre en écurie d’Augias en somme. Rien de forcément original pour le néophyte dans le choix des protagonistes principaux, avec deux détectives couturés, habités par leurs doutes. Mais ça fonctionne et bien même. Personnages fouillés, situations hautes en couleur et plausibles, intrigue sophistiquée, rebondissements, humour, bons sentiments…. Dennis est en forme. Pas le meilleur de notre bonhomme peut-être, mais il devrait vous donner envie de vous plonger dans les précédents bouquins, tous de bonne facture et de haute tenue, Boston oblige !

Joe.R.Lansdale, Tape-cul

Tape-cul On change de style, de latitude et d’époque avec Joe.R.Lansdale et son roman « Tape-cul » paru chez Folio policier en 2009. Ce monsieur bénéficie d’une vraie réputation dans le mundillo du « Noir » américain. Son roman est assez picaresque, rigolo et gothique ! Y a du sang (normal) des excréments (juste un doigt) des rebondissements à donf, des bons mots (beaucoup) des motards (sans moto). Il y a un petit côté « western novel red neck » dont les américains sont friands, nous moins mais on s’en est déjà causé. Bref, c’est bien, sans prétention mais pas sans ambition, habile, rythmé (faudra que j’arrête avec le rythme moi). A déguster avec une Téquila frappée mais çà doit marcher aussi avec un Pouilly fumé, j’imagine.

Elmore Léonard, La guerre du Whisky

LaguerreWhisky A force de vous parler de Western novel, en voici un presque pur jus (y a des gangsters quand-même) avec « La guerre du Whisky ». Son auteur est l’un des maîtres du genre, que vous connaissez déjà, Elmore Léonard (pas le chanteur, l’autre). Ce bouquin est paru chez Rivages en 2011 et en 1969 aux Etats-Unis. Ca se passe pendant la prohibition, dans l’Amérique rurale sudiste des bootleggers des Appalaches, dans le Nord Tennessee. On a le droit pour un tarif assez modique, à des descriptions soignées, des personnages attachants, un peu stéréotypés peut-être et c’est de mon point de vue la limite du genre. L’intrigue est assez enlevée (vous avez remarquer que je n’ai pas parlé de rythme ?). C’est très visuel et ce n’est pas pour rien que ce roman a été adapté au cinoche dès 1970. Bref, ca détend et ça donne soif. Après une bonne scène de ménage ou la lecture du bulletin de notes de votre aîné, ce peut être une forme de consolation. Sinon y a bien la messe de Noël….