La maitrise artisanale disparait, c’est un fait, les anciens qui avaient l’expérience, l’art et la manière de transformer le bois, le verre ou le métal en objets mécaniques utiles et beaux ont été progressivement déconsidéré par l’industrialisation, puis l’un après l’autre sont partis prendre une retraite méritée mais parfois amère, laissant vide la carrière dans laquelle peu de jeunes ont souhaité entrer. Hélas trois fois ! Car contrairement au Japon, ce pays qui jamais n’a renié ses traditions, nombre de trésors nationaux n’ont pu ou voulu transmettre un savoir inestimable, comme autant de bibliothèques qui brulent. Comme le dit Matthew Crawford dans “Eloge du carburateur” on a voulu que les travailleurs manipulent plutôt des abstractions. Heureusement, il subsiste ici et là des poches de résistance tenues par des gens pour qui l’expression de l’Art passe par la maîtrise d’un travail manuel, Cédric est de ceux là.
Dans son atelier aux alentours d’Ales dans le Gard il exerce son talent et sa maîtrise du métal sur des motos principalement anciennes, former l’aluminium pour produire un réservoir, souder l’acier, tourner, ajuster, ici les projets prennent vie de ses mains. Peu de gens pourraient imaginer qu’on parle ici de ce jeune homme dans la trentaine, avec des dreadlocks jusqu’à la taille, ancien graffeur, passionné de dessin dont la passion pour la mécanique et en particulier les véhicules anciens lui a été transmise par les ainés qu’il a fréquenté, aussi passionnés que lui, on peut dire qu’il a baigné très jeune dans un environnement proche de ce qui constitue son univers aujourd’hui.
Et pourtant c’est bien de lui qu’il s’agit, c’est bien lui qui a commencé par refaire plusieurs véhicules anciens dont une WV Cox qu’on peut voir à l’atelier, c’est lui qui s’est patiemment exercé à cet art si difficile ; partir d’une feuille d’alu et taper sur le tas en cuir, pousser et tirer entre les galets de la roue anglaise (qu’il a fabriqué lui même bien évidemment) pour que petit à petit un garde-boue apparaisse, ou qu’un réservoir. Sous la raison sociale dénommée CRM, Cévennes RétroMotors il occupe un atelier ancien, spacieux et lumineux, un lieu qui possède un vrai esprit qu’on ressent lorsqu’on le visite, sous la charpente en bois et les structures en IPN beaucoup de choses se sont passées et se passent encore.
Aujourd’hui Cédric est donc tout à fait bien en place pour répondre à n’importe quelle demande concernant l’habillage d’une moto, que ce soit un réservoir en alu à reproduire pour une Honda à cadre Egli ou un carénage complet comme celui qu’il a réalisé pour son Aprilia RS personnelle, un gros boulot partant du cadre de la moto mis à nu, la tête de fourche aux lignes tendues part vers l’arrière en direction d’un réservoir fait maison, prolongé lui aussi par ce cul de selle sur mesure qui remonte vers le ciel, comme sur une TZ. Si vous avez besoin d’un réservoir d’huile pour une moto de piste, avec le goulot décalé sous le cadre, une durite transparente sur le coté pour voir le niveau (l’aluminium étant relativement peu transparent, ce que l’on peut déplorer), pas de souci, vous lui faites un croquis, vous lui donnez des dimensions et il vous réalise ça encore mieux que ce que vous aviez imaginé au départ. Quand vous passerez là-bas, pour prendre votre commande et pour payer l’artiste pour son boulot, vous pourrez admirer aussi la Royal Enfield 350 Bullet sur laquelle il a aussi fait ses armes, il en a réalisé un magnifique réservoir, une petite tête de fourche façon plaque numéro mais de forme hexagonale avec un feu à leds enchassé dedans.
L’échappement est aussi une réalisation maison avec son positionnement haut pour le coté scrambler de la machine. Les deux garde-boues sont bien entendu aussi de son fait, on pourrait dire que c’est même l’enfance de l’art pour Cédric désormais si on était pas conscient des efforts nécessaires à ce type de réalisation, sans parler de l’expérience indispensable, des heures et des heures d’apprentissage pour enfin maîtriser le geste. Cette moto lui a été cèdée par un ancien qui a cru en lui et qui a su lui faire confiance, elle était à l’état de quasi-épave quand il l’a récupèré mais la restauration en valait la peine car ce n’est pas n’importe quel modèle, elle possède un vrai passé en compétition et n’a été produite en cette configuration qu’à 25 exemplaires. Même si l’état avancé de l’ensemble aurait eu de quoi décourager nombre d’amateurs, ici encore, la détermination et la passion de Cédric ont fait des miracles pour rendre à cette moto sa splendeur et surtout sa capacité à être belle est fonctionnelle. En quelques années, passant de son petit atelier des collines autour d’Alès à ce nouveau local, Cédric a su également gagner la confiance d’un réseau d’amis et de passionés de la moto qui voient en lui un vrai potentiel et savent l’épauler lorsque cela est nécessaire, comme pour la remise en état du lieu qu’il occupe actuellement par exemple.
Aujourd’hui on peut rencontrer Cédric sur les salons de la moto, comme celui de Lyon, rendez-vous incontournable du mois de mars durant lequel il prend régulièrement un stand pour présenter ses derniers travaux et venir au devant de ceux qui veulent le connaître avant de lui confier des projets, son stand est de ceux qui font tourner les têtes, là ou sur d’autres événements comme le festival des Dandy Riders à St Raphael, si vous appercevez ses dread-locks et ses réalisations en aluminium, n’hésitez pas à vous approcher et à entamer la discussion, vous ne le regretterez pas.
L’atelier de Cedric, Cevennes Retro Motors est basé au alentours d’Alès, vous pouvez le joindre en allant voir sa page Facebook en cliquant ici : CRM