motorcycles of Vietnam episode 1

Quand on arrive au Vietnam par l’aéroport Tân Sơn Nhất, on se prend d’abord la chaleur humide de la capitale Ho Chi Min City (nous dirons désormais Saigon, la capitale au Sud du pays) sur les épaules, après une longue journée de voyage climatisé. Ce que l’on voit ensuite ce sont des véhicules à quatre roues, il faut bien trimbaler tout ce monde, et même si l’aéroport est très proche du cœur de la ville, le premier trajet se fera dans un taxi. Assis sur la banquette arrière, une fois la somme à payer négociée à l’avance pour éviter toute surprise, vous n’aurez qu’à écarquiller les yeux pendant que le chauffeur s’aventurera avec aisance dans ce qui apparait tout de suite comme une nuée de véhicules roulant en tous sens.
Le lendemain matin, on se réveille dans un quartier particulièrement animé, probablement le rendez-vous de tous les jeunes travelers, backpackers, teufers du monde entier. Autour de Bùi Viện street, qu’un panneau annonce comme étant un quartier piéton, même tôt le matin c’est déjà un quadrillage incessant des deux-roues à moteur, sur la chaussée, dans les deux sens, même si c’est un sens unique, sur le trottoir, même s’il n’y a pas de place pour passer, des deux-roues, PARTOUT. Dès la nuit tombée, vers 18h30, chaque bar ouvert sur la rue balancera des tonnes de décibels via des Djettes, parfois les uns en face des autres, toujours les uns à coté des autres, dans une cacophonie totale.
Saïgon n’est pas exactement la ville indiquée pour de jeunes enfants, il est impossible d’y flâner le nez en l’air, en deux minutes vous vous retrouveriez sur le porte bagage d’un livreur de repas (les Grab par exemple, j’y reviendrai) ou sous les roues d’un antique camion ou d’un minibus aux vitres teintées. On apprend très vite à regarder partout avant de tenter le moindre pas, surtout à bien penser à jeter un œil aussi dans le sens opposé quand on traverse ce que l’on croit être une rue à sens unique, car de très nombreux scooters la remontent aussi dans l’autre sens, à fond, et ne feront pas plus attention à vous qu’à qui que ce soit d’autre. C’est une constante au Vietnam, c’est à vous de prendre garde à ce qui peut vous arriver, personne d’autre ne le fera à votre place, chacun vaque à ce qu’il a à faire, se dirige là où doit aller, ne trainez pas sur son chemin, évitez le simplement, tout un pays dans l’art de l’esquive.
Alors quels sont ces moyens de locomotion qui peuplent les rues, les trottoirs les allées, les cours, les entrées et même les salons de tout un pays ? Je rêvais de 404 et de tractions, de motos à l’aspect classiques, de scooter Honda Cub tels que ceux qui parcouraient les années 60. J’imaginais que la nostalgie était présente et que les traces des différentes présences étrangères dans ce pays se verraient dans les rues, grave erreur, les autos françaises héritées de l’Indochine ou les motos russes laissées là par la présence du grand frère après la fin de la guerre du Vietnam ne sont plus là. Aucune nostalgie chez les vietnamien du XXIe siècle, les russes ne sont plus là, les chinois ont été remerciés, les français oubliés depuis longtemps, et même les strates les plus récentes ont déjà disparu, le Cub Honda, ce deux-roues à moteur le plus fabriqué au monde qui a remplacé les vélos dans le Vietnam des années 80 et 90 est quasiment devenu une relique… On en voit encore ici et là quelques un, conservés par miracle en ville, ou alors ils sont relégués dans les campagnes, il y ont perdu leurs protège-jambes blancs caractéristiques et sont utilisés comme des bêtes de somme. Parfois, une pointe de goût pour le vintage fait qu’on peut en voir un modèle récent (toujours produit par Honda quasi à l’identique du modèle original) dans les tons roses ou jaune vif. Pourtant chaque vietnamien possède un deux-roues à moteur, ce sont le plus souvent des Honda Dream, sorte d’hybrides entre le scooter et la mobylette, à moteur 4 temps et grandes roues, c’est tout à fait moche, souvent gris, noir, parfois rouge sombre, bref c’est l’équivalent du SUV ou du monospace chez nous.
Les trottoirs en sont remplis, garés là comme ils sont arrivés, leur propriétaire n’en ayant rien à faire de savoir s’il bouche le passage ou l’entrée d’une maison, c’est comme ça, il faut vous y faire de suite. Quand on voit la densité du trafic des deux-roues dans les villes du Vietnam on peut se demander ce que cela donnera quand ils auront atteint un niveau de vie leur permettant d’accéder à une voiture individuelle, car aujourd’hui le scooter joue ce rôle, même les artisans se déplacent rarement sur les chantiers avec une camionnette, les matières premières, les outils, les échelles, tout le monde est chargé sur le Honda Dream. J’en ai vu équipé de tourets à meuler.
Alors quelles sont les bécanes qui ont capté mon attention pendant ce trip ? En dehors des affreux petits scoot-mob Honda, j’ai vu beaucoup de versions moyenne cylindrée de motos que nous connaissons en Europe, cette Yamaha ci-dessous par exemple, à la silhouette de SR500 est en réalité une YB 125 SP telle que vous pouvez l’acheter neuve en concession actuellement. Celle de la photo a déjà reçu un pot d’échappement saucisson pour ajouter au look vintage alors que d’origine c’est un pot similaire à celui de nos 125 YBR, l’équivalent en moche de cette jolie SP.
En plein Saïgon, devant la vitrine d’une boulangerie pas donnée dans laquelle on vendait des croissants pour le prix de deux soupes pho étaient garées et attachées entre-elles ces deux motos qui, pour le coup devaient représenter le goût du vintage de leur propriétaire. Connues en Europe sous le nom de GB 500 Clubman, ces Honda existent aussi en version 250cc mais elles sont ici toutes les deux en 150cc, une cylindrée très répandues au Vietnam. Ces deux modèles ne doivent pas rouler souvent au vu de la couche de poussière qui les recouvre, même si l’atmosphère polluée de Saïgon n’a pas besoin de beaucoup de temps pour laisser cette trace, elles attendent sans doute des jours meilleurs. Je les aurais volontiers ramenées dans mes bagages.
On voit aussi souvent ce type de petite moto, ci-dessous ce que j’identifierais comme un Honda CD50 Benly (si je me trompe, n’hésitez pas à me contacter), ici équipé de son top case et attendant une réparation de trottoir devant un petit bouclard noir de poussière, équipé d’un tour, d’une presse et de tout un arsenal mécanique antédiluvien.
La mode du vintage arrive aussi dans une ville aussi grande que Saïgon et les bars reprenant les codes graphiques rendus fameux par Deus et les hipsters commencent à fleurir, proposant l’expresso au prix d’un repas pour deux bières comprises.
Je mentionnais plus haut ma crainte de ce qui arrivera quand les deux-roues seront remplacées par des bagnoles, mais avant cela, il adviendra peut-être une autre révolution au Vietnam, celle du code de la route et de la sécurité routière. Quand on arrive, comme nous d’un pays où tout a déjà été poussé aux extrêmes dans ce domaine avec des amendes si vous n’avez pas les bons gants, des contrôles techniques qui arrivent et tout un arsenal répressif, on peut s’étonner de voir rouler toute une population dans la stricte ignorance de tout code de la route, avec sur la tête de petits bols de plastique fin qu’ils appellent casques. Eventuellement utiles à vélo, ces jolis gadgets colorés seront aussi utiles en cas de chute que pourrait l’être un pansement sur une jambe de bois.
Bien sur le Honda Cub, ce mythe roulant est tout de même présent, ceux qui restent sont parfois parfaitement entretenus, voire bichonnés par leur propriétaire, celui-ci est nickel et équipé de roues pleines de rayons, il est par contre très probablement récent, la production n’ayant pratiquement jamais cessé.
Partout dans les rues de Saïgon les deux-roues règnent en maître, il faut compter tout de même une belle somme pour s’en offrir un neuf dans ce pays où le salaire moyen est d’environ 150€
Dans des quartiers dédiés à cela, les échoppes de matos auto et moto débordent sur le trottoir, d’autres quartiers n’offrent que du matos de plomberie, d’autre des luminaires etc…