Jerry Stahl, A poil en civil

Une ligne éditoriale c’est important et ce n’est pas parce que l’on se contente de tenir une rubrique confidentielle, dans un magazine de niche, qu’il faut la bafouer allègrement en proposant autre chose que du vintage, de l’incunable.
Je vous proposerai donc des ouvrages relativement récents, toujours disponibles (un peu de souplesse, même dans une une ligne éditoriale exigeante, ne nuit pas). Un bouquin jubilatoire tout d’abord, même si ce n’est pas un chef d’oeuvre. « A poil en civil » de Jerry Stahl est publié chez Rivage/NOIR en 2007. Passons outre la traduction du titre, malheureusement fidèle à l’originel :  » Plainclothes naked ». On ne pourra pas pour une fois, accuser la maison d’édition ou le traducteur, d’avoir cédé à la facilité d’un titre inutilement aguicheur… Mais bon. Voyons voir par exemple, page 12. Un auteur qui ose « dans une pose resplendissante d’agressivité passive » mérite qu’on s’intéresse à son cas, surtout si, un peu plus avant, son héros confesse se masser le réceptacle de l’âme. C’est bien d’un roman baltringue, pamphlétaire avec tact, jubilatoire à donf’, qu’il s’agit, on l’aura compris. C’est juste comme on aime, Moi, Nick Tosches, Télérama et Ellroy. Du Céline survolté, des fulgurances, comme on ne dit plus depuis l’exil de Paul Loup en Belgique. Notre homme est de la veine d’un Elmore Léonard ou d’un Tom Sharpe, quand il avait encore du talent. Il y a de la modestie aussi. La preuve par l’exemple. Stahl, interrogé à propos de son dernier bouquin, « In mémoria » répondait à la question suivante: « ça pourrait être le miroir des États-Unis, aujourd’hui ? » par « De mes États-Unis à moi, oui, certainement. Mais je ne suis pas représentatif. C’est juste ma vie merdique, point. Dire le contraire serait prétentieux ».Le bon gars, je vous dis et se marrer par les temps qui courent, n’est pas simple. Précipitez-vous donc, m’étonnerait que vous soyez déçu….En même temps, c’est vous qui voyez.Le grand reportage a de l’intérêt, c’est sûr. cynisme mercantile à peine atténué par un zeste de sensibilité bien pensante, à moins que… Et c’est là que tout auteur bien né pointe sous le journaliste, comme Napoléon chez l’autre.

Peter Temple, Un monde sous surveillance

Mondesurveillance

Avec Peter Temple dans « Un monde sous surveillance » paru en avril 2012, toujours chez RIVAGES/NOIR, on y est. Nous abordons pourtant un genre dont je ne suis pas toujours friand, le thriller. Ce roman est au carrefour du polar de bonne facture et du roman d’espionnage (non, je ne dirai pas haletant par peur des conventions, mais je le pense) et c’est peut-être ça un thriller, finalement. Nous avons donc affaire ici, à un tout autre genre d’ouvrage qu’avec « le » Stahl. Plus fouillé, plus documenté, pas dénué d’humour, mais un style plus sobre. C’est d’un roman choral qu’il s’agit, avec une construction qui, si elle n’est pas forcément ébouriffante d’originalité est bien menée. l’intrigue est un poil trop alambiquée pour être plausible mais l’on s’en rend compte trop tard et on est déjà piégé. C’est très européen en somme, même si je sais l’auteur australien. Bel exercice de style avec du souffle et un sens narratif affûté. Descriptions et portraits sont bien tournés. Il y a, maintenant que j’y pense, un côté Maigret (psychologie des personnages, description de paysages et d’ambiances urbaines gris, humides, flippants, en tout cas pour un méditerranéen bien né. Un poil déçu par la fin peut-être? Mais globalement intéressant et prenant. Ça incite à se pencher sur les autres ouvrages existants ou à venir. Bel hiver en perspective. M’a donné l’envie de visiter Hambourg et le Pays de Galles, c’est dire.Avec Peter Temple dans « Un monde sous surveillance » paru en avril 2012, toujours chez RIVAGES/NOIR, on y est. Nous abordons pourtant un genre dont je ne suis pas toujours friand, le thriller. Ce roman est au carrefour du polar de bonne facture et du roman d’espionnage (non, je ne dirai pas haletant par peur des conventions, mais je le pense) et c’est peut-être ça un thriller, finalement. Nous avons donc affaire ici, à un tout autre genre d’ouvrage qu’avec « le » Stahl. Plus fouillé, plus documenté, pas dénué d’humour, mais un style plus sobre. C’est d’un roman choral qu’il s’agit, avec une construction qui, si elle n’est pas forcément ébouriffante d’originalité est bien menée. l’intrigue est un poil trop alambiquée pour être plausible mais l’on s’en rend compte trop tard et on est déjà piégé. C’est très européen en somme, même si je sais l’auteur australien. Bel exercice de style avec du souffle et un sens narratif affûté. Descriptions et portraits sont bien tournés. Il y a, maintenant que j’y pense, un côté Maigret (psychologie des personnages, description de paysages et d’ambiances urbaines gris, humides, flippants, en tout cas pour un méditerranéen bien né. Un poil déçu par la fin peut-être? Mais globalement intéressant et prenant. Ça incite à se pencher sur les autres ouvrages existants ou à venir. Bel hiver en perspective. M’a donné l’envie de visiter Hambourg et le Pays de Galles, c’est dire.