En 1967, il y a exactement 50 ans, la nébuleuses de marques que constituait le groupe pétrolier français se fond en une seule entité, plus visible, plus lisible et plus logique dans le contexte économique de la fin des trente glorieuses. La conjoncture est là, guerre du Kippour, crise de Suez et décolonisation, les premières crises pétrolières ne sont pas loin. Dans le plus grand secret et à grand renfort de ruses et de fausses nouvelles pour noyer le poisson, l’industrie des pétroles français devient ELF, en une nuit, le réseaux des stations services qui pouvaient arborer toute une série d’autres marques comme Caltex par exemple, se parent du tout nouveau logo, les ronds rouges qui signaleront leur présence aux automobilistes envahissent les nationales.
C’est autour de cette signalétique, comme une archéologie urbaine d’un passé récent mais très fragile dont la trace peut hélas très vite disparaître, que Jean-Baptiste Sauvage axe son travail, pour lequel il rejoint ici celui d’Olivier Mousset. Les deux artistes s’intéressent aux abstractions géométriques que laissent les traces de la communication ou des signes sur le paysage. Une vielle enseigne ayant perdu son message mais ayant gardé sa forme géométrique imprime une trace de son message visuel disparu, puis s’efface. Ils avaient convoqué le public ce samedi 8 juillet à Peyrus dans la Drôme, non loin de Valence en direction du col des Limouches devant un vestige encore debout, rescapé des 4200 stations services du groupe Elf qui arborèrent le point rouge, ici elle l’arbore toujours et sa persistance fantomatique en est fortement émouvante, on se prend à vouloir la restaurer à lui redonner vie. Tout un monde de motos classiques et d’automobiles mythiques comme cette berlinette était présent.
Un film avait été réalisé par Alain Boisnard en 1967 à l’occasion de cette grande mutation et du passage au logo Elf, autant à destination du grand public que des institutions probablement pour faire passer le message et expliquer la démarche. Ce film fut projeté à la nuit tombée sur ce qui fut la vitrine de cette station service depuis longtemps asséchée. Nous avons donc puis suivre ce moyen métrage dans ce lieu chargé d’une histoire encore trop considérée comme triviale et qui a jusqu’ici trop souvent été effacée sans qu’on s’en inquiète, mais les choses changent semble-t-il. Après un verre offert par Monsieur le Maire de Peyrus, les motos et les autos ont repris la route dans la chaleur de la nuit de juillet.
 
Vous trouverez plus d’explications sur le travail d’Olivier Mosset et de Jean-Baptiste Sauvage à l’adresse suivante : www.espacedelartconcret.fr/fr/exposition/olt